Le projet d’extraction de sable coquillier en baie de Lannion au profit de la CAN, actuellement en cours d’instruction, est dangereux pour l’environnement, fait l’objet d’un dossier incomplet et méprise l’avis des citoyens riverains.
- Il est dangereux pour l’environnement :
La dune hydraulique sur laquelle est envisagée l’extraction de sable est en effet un habitat privilégié de vie marine et en particulier du lançon. C’est d’après les pêcheurs professionnels le principal site de la région dans lequel ils se reproduisent et vivent. Or ces lançons sont l’alimentation de base de nombreux prédateurs(oiseaux, poissons, mammifères marins). Modifier leur habitat en prélevant du sable et en rejetant des eaux turbides (il faut aspirer et rejeter douze mètres cubes d’eau pour un mètre cube de sable…) est dangereux à plusieurs titres
- Il est dangereux pour la faune et notamment les oiseaux (macareux, cormorans, fous de Bassan..) qui se nourrissent de lançons et mais aussi pour des espèces moins connues telles le puffin des Baléares qui séjourne en été en baie de Lannion. Compte tenu des courants, le nuage turbide s’échappera en outre vers les zones Natura 2000 proches et vers les zones où se nourrissent les oiseaux de la réserve des Sept Iles.
- il est dangereux pour la pêche. Le lançon est aussi la base de la chaine alimentaire de bien d’autres poissons : le bar, le lieu jaune... La dune est également une zone ou l’on trouve des poissons plats (raies, barbues…). Verra t’on ces poissons disparaitre de nos eaux ? Les pêcheurs professionnels de la région estiment passer 50% de leur temps de pêche sur cette zone et certains ont déjà indiqué que, si ce projet se faisait, ils abandonneraient la pêche ou devrait déménager hors baie de Lannion. Veut on vraiment remplacer des emplois locaux de professionnels de la pêche qui font partie de la tradition de la Bretagne par quelques emplois non qualifiés de marchand de sable ?
- il est dangereux pour le tourisme et le nautisme. La plage, la plaisance et la pêche amateur, l’exploration sous marine seront desservies par une activité industrielle à quelques kilomètres des côtes et qui fonctionnera 24/24 heures, créera une pollution lumineuse et sonore capable de dérouter pas seulement des oiseaux migrateurs... Veut on faire de cette zone un désert de sable minéral comme cela a été fait à Bréhat ? Pourquoi le projet passe t’il sous silence l’état catastrophique des zones qui connaissent des extractions similaires (ex : la Horaine) ? La modification des courants marins et l’impact sur l’ensablement des plages que pourrait entrainer ce projet sont aussi des risques bien peu évalués dans ce projet et dont l’expérience passée a montré qu’ils n’étaient pas négligeables.
Le dossier est incomplet
Ce projet a fait l’objet d’une enquête publique en 2010 dont les recommandations ont été remises au préfet du Finistère dont dépend le site. Contre toute vraisemblance, à la lecture des commentaires du rapport, celui-ci a donné un avis favorable. Pas d’étude de l’état initial
- Le document s’appuie sur des données bibliographiques anciennes (ex. CNEXO 1972), sur des modèles et des modèles basés eux-mêmes sur des modèles, qui sont contredits par des observations. Aucune étude sérieuse et récente de l’état actuel de la dune tant en termes de faune, de flore ,de courants n’a été effectuée. Ce point est d’ailleurs reconnu par le commissaire enquêteur qui recommande « l’établissement d’un état initial scientifiquement pertinent (état zéro du site). Quelles valeurs auront les mesures des incidences du projet, elles aussi recommandées par le commissaire enquêteur, (ce qui indique au passage qu’il reconnait qu’il y aura des « incidences »…) si l’on ne part pas d’un état initial rigoureux. Faute de cet état initial les autres recommandations sont inapplicables et semblent destinées plus à se donner bonne conscience qu’à réellement démontrer une préoccupation sérieuse pour l’environnement.
- Des études d’impact peu sérieuses Les études d’impact présentées au dossier ont été financées par le futur exploitant lui-même et bien qu’ elles présentent de beaux graphiques sont peu convaincantes. Le commissaire enquêteur reconnait lui-même qu’elles ne sont pas consensuelles et minimisent les incidences négatives du projet.
D’autres solutions sont possibles :
- Dragage plus loin en mer à plus grande profondeur là ou les impacts environnementaux seront négligeables
- Autres sites possibles ou les incidences seraient moindres
- Utilisation d’autres sources d’amendement (tangue, crépidule….)
- En outre pourquoi vouloir extraire 400000 m3 s par an alors que les besoins en amendement de toute la Bretagne sont de l’ordre de 50000 m3 T à 100 000 m3 ? s’agit il d’octroyer à la CAN une rente à l’exportation pour augmenter ses profits ? Celle-ci pourrait bien alors adapter sa flotte (qui a déjà plus de 20 ans et doit être déjà bien amortie…) pour extraire en eaux plus profondes et moins sensibles écologiquement (et ainsi préserver les emplois qu’elle met en avant avec insistance, sans atteinte à l’environnement et sans menace pour les emplois locaux (pêche, nautisme, tourisme…). Les Anglais le font bien !!
Ce projet méprise l’avis des citoyens riverains
- Ce projet a reçu un avis défavorable de tous les élus de municipalités riveraines du site envisagé et d’un avis défavorable de la communautésd’agglomération Lannion trégor Agglomération qui souhaitent tous que toute la baie de Lannion soit classée Natura 2000
- Toutes les associations de défense de l’environnement et le comité des pêches sont également opposées au projet
- Dans les avis recueillis directement auprès de la population (1403 avis) par le commissaire enquêteur , parmi les seuls avis favorables (moins de 20%) celu ides marins de la CAN !!!
- Mépris des préoccupations des riverains qui ont déjà manifesté publiquement leur opposition au projet alors que de façon systématique les intérêts du futur exploitant sont privilégiés.
- Enfin les péripéties de ce projet laissent une drôle d’impression : rapports commandés par le préfet auquel on n’a pas accès, revirement des avis de certaines agences de l’Etat initialement défavorables au projet et qui changent soudainement d’avis, évocation de « compensations » promises par l’Etat suite à l’arrêt de l’exploitation du maerl, « dent creuse » opportunément située entre deux zones Natura 2000… comme si l’on avait déjà décidé à l’avance et que toutes ces études n’étaient faites que pour amuser la galerie. Si des engagements ont été pris par les pouvoirs publics envers la CAN ou d’autres, le minimum de respect des citoyens serait que ceux-ci soient rendus publics.
Elus et Associations se retrouvent tous d’accord pour combattre un projet nuisible à l’environnement, qui détruira au moins autant d’emplois locaux dans la pêche et le tourisme qu’il n’en conservera chez l’exploitant, au mépris des populations et de leurs représentant élus. Ce projet vise encore une fois une baie de Lannion qui a déjà beaucoup donné en pollutions diverses, marées noires et marées vertes.


Impact sur l’emploi